Quelques mots sur le Bazois

Si tout le monde s’accorde à dire que le Bazois est centré sur Châtillon, il n’en demeure pas moins que les interrogations pleuvent :
Qu’est-ce que le Bazois exactement ?
Quelles sont ses limites ?
Telle commune, tel hameau sont-ils vraiment en Bazois ?
A ces questions les réponses varient beaucoup comme ont varié dans l’histoire les limites de ce petit territoire. 

Un mot obscur

L’origine du mot « Bazois » n’est pas bien connue, bien que les hypothèses soient nombreuses.

On le voit écrit sous plusieurs formes au milieu du Moyen Age, associé aux paroisses naissantes.

Bazolles, dont la graphie est très proche de Bazois, pourrait bien avoir donné son nom au pays tout entier. Dans ce cas, on parlerait de Bazolles comme de la paroisse « éponyme » du Bazois. 

Aperçu historique d’un petit pays d’élevage

Le Bazois n’émerge dans l’histoire qu’à l’époque gallo-romaine autour d’Alluy.

Au Moyen Age, c’est la Seigneurie de Châtillon qui occupe l’essentiel de l’actuel Bazois. Spécialisé dans l’élevage dès le XVIe siècle, en grande partie grâce à ses sols argileux dominants, le Bazois développe sur les plus grandes propriété une économie de rente.

De plus en plus de parcelles sont soustraites aux pratiques communautaires par la création et l’entretien des haies vives. Ainsi le Bazois devient bocager.

C’est par l’action des grands propriétaires terriens, souvent non résidents, que le Bazois connaît un double destin du XVIIIème au XXème siècle :

- D’un côté le pays saisit très tôt la voie de la rentabilité agricole : une sélection progressive des bovins est pratiquée, stimulée par la concurrence entre éleveurs et l’encadrement croissant de l’Etat.
Au milieu du XIXe siècle, à l’issu du premier désenclavement par le canal et la route transversale Nevers-Autun, le bilan est clair : le Bazois est devenu une des terres d’élection de la race charolaise, en lien avec le développement des grands marchés urbains, avant tout ceux de Paris et de Lyon, avant le rayonnement international. Les fermes s’agrandissent, la petite propriété recule plus vite qu’ailleurs.

- D'un autre côté, cette orientation vers l’élevage commercial conduit à la disparition des communautés villageoises et familiales (on dit « taisibles »). Les traditions locales portées localement par ces communautés, s’effacent alors qu’elles restent vivaces dans le Morvan tout proche. Le bocage, en isolant les parcelles, a privé de voix le Bazois. A partir du milieu du XIXe siècle, le Bazois connaît pourtant une ébauche de mouvement régionaliste. Malheureusement, contrairement à ce qui se passe en Morvan, ses habitants semblent avoir été plus passifs face au destin imposé par les grands propriétaires : ils semblent aussi moins portés à la mobilité, à la différence du massif voisin où les nourrices, les galvachers et les flotteurs alimentent une circulation amplifiée de la parole populaire. Celle-ci servira de base à une dynamique culturelle locale. Sans cette caisse de résonnance, surtout parisienne, la mise en folklore du Bazois est un échec, ce qui peut expliquer la faiblesse de son image identitaire actuelle. 

Un paradoxe tenace

Ce double destin constitue le paradoxe du Bazois.

On le constate dans son niveau d’intégration aux espaces qui l’entourent. Malgré l’importance de ses flux de productions animales avec l’extérieur, il se tient à l’écart des grands axes de circulation des hommes et, malgré sa position de cuvette topographique, il se comporte à la fin du XVIIIe siècle comme un môle isolé du point de vue des communications.

L’apogée de la civilisation rurale au XIXe ne parvient pas à surmonter ce paradoxe.

Dans un tel contexte, la saignée démographique du XXe siècle est dramatique :
L’exode rural, la baisse de la natalité et les guerres font perdre au Bazois 70 % de sa population entre 1886 et 2006. Pas d’industrialisation en Bazois et un développement touristique bien modeste pendant les « Trente glorieuses » (1945–1975).

Appuyés sur l’Europe et la politique de décentralisation, le choix du développement local à la fin du XXe siècle et au début du XXIe conduit à une sorte de renaissance.

Le territoire « Bazois » reprend forme par sa communauté de communes.

Cependant ces efforts ne peuvent inverser, jusqu’à aujourd’hui, la tendance séculaire au recul démographique.